Dans cet essai aussi bref qu'incisif, Anton Jäger — l’un des penseurs les plus brillants de la nouvelle génération — forge un concept pour capturer la rupture culturelle et le paradigme de notre temps : celui d’une politisation élevée et généralisée des individus, mais faiblement structurée et sans ancrage institutionnel durable.
La vague de soulèvements presque ininterrompue qui secoue le monde depuis quinze ans a brisé les chimères de la « fin de l’histoire ». Des Gilets jaunes aux places Tahrir ou Taksim, en passant par la révolte antiraciste déclenchée par l’assassinat de George Floyd, le camp de l'émancipation s’est imposé dans l’espace public sans pour autant réussir à produire des effets politiques concrets, tandis que fascisme et forces réactionnaires progressent. C'est le paradoxe de l'hyperpolitique : une politisation généralisée des individus incapable de convertir cette intensité en changements durables.
En croisant les disciplines et les références, Anton Jäger éclaire la panique autour du « wokisme », le caractère suranné de l’antipolitique à la Houellebecq ou l’impuissance des formes médiatiques de « résistance », comme les gesticulations nihilistes du mouvement MAGA. Surtout, il met en garde contre une repolitisation des consciences qui refuse de se donner les moyens de changer le monde. Hyperpolitique constitue ainsi l’une des plus remarquables tentatives de saisir l’exaspérante étrangeté de notre présent politique, et cette rencontre sera l’occasion d’en discuter les enjeux avec l’auteur.
Historien belge et francophone, Anton Jäger enseigne les sciences politiques à l’université de Louvain. Il est éditorialiste au New York Times et contributeur du Guardian et de la New Left Review.