©HOT BODIES
Gérald Arev Kurdian / Hot Bodies
Gérald Arev Kurdian, également connu·e sous son nom de scène HOT BODIES, est un·e musicien·ne, performeur·euse et DJ franco-américain·ne aux multiples talents, et une voix clé des luttes sex-positives actuelles.
Diplômé·e de l'École Nationale Supérieure d'Arts de Paris-Cergy en arts plastiques, iel a perfectionné sa pratique dans le cadre du programme de recherche postdoctoral Ex.e.r.ce 07 au Centre Chorégraphique National de Montpellier sous la direction de Mathilde Monnier et de Xavier Le Roy. Ses performances incarnent les possibilités de combiner les pratiques de la composition musicale, de la performance et du film documentaire. Iel compose également pour la danse, le cinéma et le théâtre avec de nombreux·ses artistes.
Approche artistique et politique
Dans ses projets, Gérald Kurdian / Hot Bodies utilise musique, performance et pratiques curatoriales pour critiquer les formes esthétiques contemporaines et soutenir les révolutions politiques des corps marginalisés. Iel explore comment l'écoute, la tendresse et les sexualités peuvent avoir une fonction réparatrice, transformant les espaces artistiques en alternatives aux idéologies dominantes. Fantasy, Sci-fi, Lo-Fi, Camp et HyperPop sont ses stratégies pour subvertir les rituels sociaux et rappeler l'importance du soin et de l'expérience dans la création de futurs communs.
Hot Bodies est maître·sse de cérémonie des projets Hot Bodies Club et des chorales Hot Bodies Choirs. Son approche généreuse s'étend du songwriting minimaliste à la transe collective club et porte une vision de la musique pop(ulaire) comme une communion sensorielle d'émotions.
Gérald Kurdian développe depuis plusieurs années une pratique de performances documentaires solo où iel met en scène, en auto-fiction et en musique, le journal photographique de son parcours intime dans les scènes subculturelles pro-sexe. Parmi ses créations :
✱ The Many Lives of Tarek X (2020) abordant ses expériences avec le travail du sexe ;
✱ X !(Un opéra fantastique) (2022) sur la mémoire traumatique, présentée au Festival d'Automne à Paris ainsi qu'au Kaaitheater à Bruxelles en novembre 2022.
Gérald Kurdian se définit comme un « kaléidoscope » d'identités-praxis, adaptant son soi/self aux circonstances sociales et politiques traversées : TAREK X puis GÆRALD puis HOT BODIES quand iel fait de la musique, Gérald Kurdian pour les projets de performance ou d'art contemporain, Æ dans les jeux vidéo, un corps non-binaire anonyme dans les manifestations, un corps privilégié quand iel facilite un workshop.
« Aujourd'hui, je veux quitter l'assignation au masculin – identité qu'on m'a imposée parce que je suis un corps né avec un pénis – pour vivre une mutabilité fluide qui me laisserait le choix et la responsabilité des fictions que je disperse. [...] La scène (concert, performance, DJ set ou n’importe quel moment public) me permet de faire exister une multiplicité de corps qui met au défi la pensée hétéronormative. Je me sens beaucoup plus mutant·e que ça. » (1)
HOT BODIES OF THE FUTURE !
Depuis 2017, Gérald Arev Kurdian développe HOT BODIES OF THE FUTURE !, un cycle de recherches performatives et musicales qui explore les formes alternatives de sexualité et la micropolitique queer. Dans ce projet transdisciplinaire, iel propose des espaces collectifs pop et expérimentaux (concerts, performances, soirées, etc.) pour comprendre les rôles et fonctions de la musique et de la voix dans les luttes militantes et comment les pratiques artistiques servent les révolutions des corps minorisés et les intensifient.
Si une partie de ces recherches est menée en solo — dans le cadre notamment de concerts sous le nom de Tarek X ou de Gærald, ou de performances (Hot Bodies – Stand Up, 2018), beaucoup d'autres de ces manifestations se créent collectivement.
Parmi les projets de cette « plateforme d'amour » :
✱ HOT BODIES_STAND UP (2018-2020) : une performance solo où l'artiste raconte en musique, et avec l’appui de photographies documentaires, ses expériences dans les scènes sex-positive ;
✱ HOT BODIES_CAMP : des workshops menés avec un groupe d'apprenti·es auto-mécanicien·nes autour de la transformation d’une épave de voiture en abri pour une communauté post-capitaliste ;
✱ HOT BODIES - CHOIR : des chorales et workshops réunissant des personnes issues des militantismes féministes, LGBTQ+ et décoloniaux autour d’une pratique de lecture, d’écriture et de chant choral pour explorer la puissance politique et créatrice du chant collectif. Ensemble, iels chantent des manifestes pour les corps révolutionnaires du futur ;
✱ HOT BODIES_CLUB : des événements collectifs et soirées inclusives comprenant des ateliers, des conférences, des projections de films et des sets de DJ pour célébrer et rendre visible la vitalité des scènes queer et de leurs allié·es ;
✱ A QUEER BALL FOR HOT BODIES OF THE FUTURE : des événements intersectionnels pour les clubs où sont invité·es performers, théoricien·nes, clubkids, drag-kings, -queens et autres créatures du futur à célébrer leurs révolutions sous les stroboscopes ;
✱ GÆRALD : un projet de musique électronique manifeste.
À rebours d'une approche purement théorique et fantasmée de la révolution, les projets HOT BODIES OF THE FUTURE ! privilégient l'expérience concrète : il s'agit de créer des contextes où l'on expérimente des formes de vies collectives inclusives, réparatrices et critiques (danser, chanter, se rencontrer), où l'on ne peut rien faire d'autre que vivre une expérience et se laisser transformer par elle, avant de réfléchir et conceptualiser ce que cela signifie politiquement.
Dans chacune de ces pratiques, les participant·es sont invité·es à remettre en question les jeux de pouvoir qui entourent leur subjectivité et à en jouer. Iel·les forment des communautés éphémères liées par des utopies en mouvement, où l'on revoit les rôles de l'individu·e et du collectif en trouvant comment construire intuitivement des formes d'écologies inter-individuelles.
Les clubs, les salles de concerts et les manifestations deviennent ainsi des lieux où les corps peuvent expérimenter de nouvelles façons d'être ensemble et reprendre du pouvoir sur leurs vies et leurs relations. « Rendre la transformation possible, remettre du mouvement dans ce qui était contraint ou du souple dans ce qui était tendu, c'est peut-être comme ça que j'imagine participer à ma société. » (2)
Discographie
Vainqueur du prix Paris Jeunes Talents 09, et repéré par le Grand Zebrock et le FAIR 2010, son premier album This is the hello monster! est sélectionné parmi les meilleurs albums de l’année 2010 du quotidien Libération.
Il sort ensuite plusieurs EPs sous différents alias :
✱ Icosaèdre (2016), réalisé en collaboration avec le musicien électronique Chapelier Fou ;
✱ I-V (2020), un EP qui oscille entre post-punk, dark techno et ambient, qu'iel réalise pour les clubs avec le producteur Apollo Noir et sort sous le nom de Tarek X ;
✱ RMX (2022), un EP de remixes en collaboration avec Cate Hortl, Calling Marian, Dat Politics, Panteros666 & Katu ;
✱ Digital Fairy / Folk Songs (2025), sorti sous le nom de Hot Bodies et produit par Don Turi (Jeanne Added, Chien Noir, etc.), oscille entre cold wave en clair-obscur, songwriting synthétique et mélodies pop. Avec cette nouvelle étape, Hot Bodies renoue avec la puissance évocatrice des chants contestataires et révèle une fois de plus la singularité et la pureté de sa créativité.
Après ces différents projets, ce dernier EP sorti sous le nom d'Hot Bodies marque un tournant vers une pop expérimentale, incarnée et frontale.
Cycle de recherches en cours : « The Transition Pieces »
Un cycle sur la transition intime et collective
En 2025, Gérald Kurdian initie un nouveau cycle de recherches, The Transition Pieces, consacré à la question de la transition, autant d'un point de vue intime que collectif. En prenant sa propre transition de genre comme point de départ, Gérald Kurdian interroge la manière dont celle-ci peut redéfinir la voix chantée, la performance instrumentale et l’usage des nouvelles technologies sonores. Iel met aussi en regard ses difficultés à changer, à quitter certains équilibres ou privilèges, avec la difficulté du monde contemporain à se transformer. La transition de genre devient ainsi un miroir des mutations actuelles et un point d’appui pour imaginer, avec le public, des manières plus émancipées, joyeuses et sensibles d’habiter le changement et d'inventer d'autres futurs.
Nourri par les traditions folkloriques occidentales et moyen-orientales, les mythologies anciennes, la science-fiction féministe et les cultures numériques, ce projet se déploie à la croisée du chant, de la composition électroacoustique et de la performance. La musique devient un rituel de mutation et dessine une fabulation chantée des bouleversements qui traversent les corps et les sociétés — une expérience musicale rare, à la fois délicate, incantatoire et résolument contemporaine.
Chant I (Déesses-fleuves, métaverse et nymphes des hormones)
La première pièce de ce cycle est une sorte d'oratorio post-internet porté par un corps qui serait une sorte de troubadour digital ou de prêtresse cosmique, post-internet digital, qui raconte la vie des gens d'aujourd'hui et donne des détails sur ces transitions actuelles et les paradoxes que traverse la société. C'est une pièce musicale pour voix et électronique, avec un travail de métamorphose sur la présence vocale et une démultiplication de la voix, ainsi qu'un travail relationnel sur la figure de la performeuse comme figure de métamorphose.
Diffusion
Ses concerts obliques sont régulièrement présentés dans les contextes du spectacle vivant, des arts visuels et de la musique indépendante, en France et à l'international, sur les scènes de spectacle vivant, de l'art contemporain, des clubs ou des musiques actuelles.
(1) Lapalu, Sophie, « Entretien avec Gérald Kurdian. » La belle revue n°12, 2022, pp.64-69